Une forte pluie s’est abattue sur la commune du Cap-Haïtien ce dimanche 4 janvier, mettant une fois de plus en lumière l’ampleur de la négligence des autorités municipales. Les rues de la cité christophienne se sont transformées en véritables décharges à ciel ouvert, envahies par des tonnes de déchets dégageant une odeur nauséabonde. Les canaux d’évacuation, totalement obstrués, ont cessé de remplir leur rôle, rendant impraticables la quasi-totalité des artères de la ville.

Cette situation catastrophique plonge les Capois dans des conditions de vie indignes dès les premiers jours de l’année 2026. « Si les intempéries persistent, le Cap-Haïtien risque de faire face à une grave crise sanitaire, véritable bombe à retardement pour la santé publique ». A déclaré un jeune médecin à l’Hôpital Universitaire Justinien .

Cette photo a été prise par notre photographe le lundi 5 janvier 2026, à la rue 22.

Le 27 novembre dernier, le conseiller président Emmanuel Vertilaire annonçait publiquement sur son compte X la réception d’un chèque de 200 000 dollars américains, remis par l’ambassade de Taïwan. Selon ses déclarations, ces fonds étaient destinés à soutenir des actions prioritaires pour la ville, notamment dans les domaines des infrastructures, de l’assainissement, de l’éclairage public, de la gestion des déchets et du renforcement des services municipaux.

Pourtant, plus de deux mois après cette annonce, alors que la ville suffoque sous les ordures et que les rues deviennent impraticables à la moindre pluie, aucune amélioration tangible n’est visible. Cette somme semble s’être volatilisée. Le journaliste Hervé Delima a d’ailleurs soulevé une interrogation troublante sur son compte Facebook : à qui appartient réellement la firme CARESS-PH, bénéficiaire du chèque numéro 7019 de 200 000 dollars, censé financer l’assainissement de la commune ?

Pendant que les montagnes d’immondices s’accumulent dans les quartiers, la population capoise s’interroge légitimement sur la destination réelle de ces fonds. Quelles autorités locales ou nationales sont impliquées dans cette gestion opaque de l’argent public ? Le silence des responsables ne fait qu’alimenter le sentiment d’abandon et de méfiance des citoyens envers leurs dirigeants.

Depuis l’installation de la nouvelle administration municipale, dirigée par la mairesse Angeline Bell, assistée de Patrick Almonor et Isaac Pierre Louis, la situation du Cap-Haïtien s’est nettement détériorée. En dépit des promesses de renouveau, la réalité du terrain révèle une gestion marquée par l’inefficacité et l’improvisation.

En fin d’année dernière, la mairesse a même mis en place une équipe de communication chargée de promouvoir son bilan et de projeter une image positive de son administration. Cependant, les faits sont implacables : les déchets malodorants qui jonchent les rues servent désormais de repères urbains. Aucune stratégie de communication ne peut masquer l’incompétence manifeste des autorités municipales.

Le Cap-Haïtien dispose pourtant d’atouts majeurs pour son développement. Entre ses plages, son aéroport international, son port maritime et sa position stratégique, la ville représente aujourd’hui l’une des rares grandes agglomérations où les activités économiques peuvent encore se maintenir, alors que Port-au-Prince est paralysée par l’insécurité des gangs armés.

Chaque jour, des centaines de personnes fuient la capitale pour se réfugier au Cap-Haïtien. Mais que découvrent-elles ? Une ville sans électricité stable, aux routes dégradées et aux systèmes de canalisation quasi inexistants. Le ministère des Travaux publics, Transports et Communications, l’Électricité d’Haïti, ainsi que les autres institutions déconcentrées de l’État, semblent briller par leur absence dans le département du Nord.

L’affaire du don taïwanais illustre parfaitement le climat de corruption et d’irresponsabilité qui gangrène la cité christophienne. Comment justifier la disparition apparente d’une somme aussi importante, destinée à l’assainissement, sans qu’aucune amélioration concrète ne soit perceptible ? Cette situation pose de sérieuses questions sur la transparence et la redevabilité des autorités locales.

Les Capois ont droit à des explications claires sur l’utilisation de ces fonds publics. Ils méritent des dirigeants qui placent l’intérêt collectif au-dessus des intérêts personnels. Ils méritent une ville propre, des infrastructures fonctionnelles et des services municipaux dignes de ce nom.

Face à cette désolation, une question demeure : quel avenir attend le Cap-Haïtien et ses habitants si l’irresponsabilité et la corruption continuent de guider l’action de ceux censés servir la population ? Combien de temps encore les Capois devront-ils vivre dans ces conditions indignes avant que leurs cris ne soient enfin entendus ?