Les images parlent d’elles-mêmes. D’un côté, une rue éventrée dans la nuit capoise pierres, gravats, boue, circulation chaotique. De l’autre, quelques ouvriers en gilets oranges qui étalent un mince tapis d’asphalte à la pelle. Bienvenue dans la « réhabilitation stratégique » de la DINEPA.

La semaine dernière, la Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement (DINEPA), via son bras régional OREPA Nord, a publié un communiqué d’une grandiloquence remarquable pour annoncer les travaux de réhabilitation du tronçon Rue 2L – Rue 22L, en plein cœur du Cap-Haïtien. Le texte officiel évoque une « intervention d’envergure », une « dynamique de développement durable », une « vision responsable de l’action publique » et un « engagement indéfectible ».

Le lien pour accéder à une publication de la DINEPA

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La DINEPA joue la comédie de la réhabilitation devant une population excédée. Crédit photo : DINEPA

Car sur le terrain, les photos capturées par nos photographes racontent une tout autre histoire : des ouvriers qui rebouchent à la main, avec des brouettes et des pelles, des trous béants que l’institution elle-même a creusés lors de ses travaux de pose de conduites. Pas de compacteur lourd visible. Pas d’équipe d’ingénierie supervisante. Pas de balisage sécurisé pour les riverains. Une rustine artisanale habillée en projet d’infrastructure.

Ce que le communiqué officiel occulte soigneusement, c’est le bilan accablant des années précédentes. Depuis au moins une décennie, la DINEPA et l’OREPA Nord ont systématiquement ouvert des tranchées dans les rues du Cap-Haïtien pour y poser ou remplacer des conduites d’eau potable rue Espagnole, rue 17, rue du Quai, avenue Christophe et bien d’autres artères vitales sans jamais restituer la chaussée dans un état acceptable.

Le jeudi 21 mai 2026, notre photographe a capturé cette image entre les rues 5 et 7 L, Rues Espagnoles!

Le résultat est visible à l’œil nu : des nids-de-poule devenus des cratères dangereux, des caniveaux bouchés, et des tronçons de rue totalement impraticables dès la tombée de la nuit. La première photo le documente sans ambiguïté dans l’obscurité, des véhicules zigzaguent sur un sol défoncé de gravier et de terre battue, pendant que des habitants se tiennent à l’écart, faute de trottoir praticable.

La population capoise n’a pas attendu les journalistes pour dresser ce constat. Les critiques fusent depuis des années : services d’eau irréguliers, factures incompréhensibles, coupures à répétition, et routes massacrées sans compensation ni calendrier de réfection crédible.

Le timing de cette « réhabilitation stratégique » mérite d’être interrogé. Pourquoi maintenant ? Pourquoi cette soudaine visibilité médiatique autour d’une intervention qui, techniquement, aurait dû suivre immédiatement la fin des travaux de pose de conduites ?

La réponse est peut-être politique. Dans un contexte où les institutions haïtiennes font face à une défiance populaire croissante, où les attentes citoyennes se font de plus en plus pressantes et où les réseaux sociaux amplifient chaque manquement, la DINEPA semble avoir opté pour la stratégie du coup d’éclat communicationnel : agir peu, mais en parler beaucoup.

Le communiqué demande d’ailleurs explicitement à la population capoise de « faire preuve de compréhension et de collaboration ». Une formule révélatrice. On ne demande pas à une population de comprendre quand on lui rend un service de qualité. On le lui demande quand on cherche à amortir sa colère légitime.

Les photos de notre photographe ne montrent pas une institution en pleine modernisation. Elles montrent une institution en plein rattrapage honteux rattrapant à la pelle ce qu’elle aurait dû préserver à la machine. Elles montrent une ville qui survit malgré ses institutions, pas grâce à elles.

Le Cap-Haïtien mérite mieux que des communiqués fleuries sur fond de bitume mal posé. Il mérite une institution capable d’assumer ses responsabilités sans les habiller en victoire.

Tant que la DINEPA et l’OREPA Nord n’auront pas établi un programme transparent, auditable et contraignant de réfection systématique des voies dégradées par leurs propres interventions, toute communication institutionnelle sur la « modernisation » et le « développement durable » restera ce qu’elle est aujourd’hui : de la propagande.