Depuis ces cinq dernières années, Cap-Haïtien, la deuxième ville du pays, capitale historique et touristique, est devenue la ville la plus visitée d’Haïti. Durant les périodes estivales et de fin d’année, la ville est toujours bondée. Surtout avec l’insécurité qui règne à Port-au-Prince et dans plusieurs autres départements (comme l’Artibonite et le Centre), la cité christophienne profite de ce chaos, mais à mauvais escient.

Ces dernières années, Cap-Haïtien est restée la seule porte d’entrée d’Haïti vers l’étranger par voie aérienne. Toutes les personnes qui entrent ou sortent du pays doivent transiter ou atterrir dans cette ville. Malgré ces opportunités, la deuxième ville du pays, fondée en 1670, n’a pas évolué ; elle régresse. Aucune nouvelle infrastructure moderne n’y voit le jour.

La cathédrale du Cap-Haïtien

Les constats sont palpables. Aujourd’hui, Cap-Haïtien est devenue une destination touristique… mais piégée. Ce que l’on vend sur les réseaux sociaux n’est qu’un rideau, un mythe, et rien de plus. Nous nous souvenons quand le pays a commencé à faire face à l’insécurité extrême : une partie du secteur privé avait lancé le slogan « Okap Pa Ayiti » sur les réseaux sociaux et ailleurs, pour montrer une autre facette du pays. Eh bien, c’était du bluff !

Face à l’abandon de l’état et du secteur privé, le Cap n’est plus ce qu’il était

Aujourd’hui, de plus en plus de personnes viennent voir ce qui se passe à Cap-Haïtien, que ce soit par obligation due à l’insécurité ou par simple visite, et elles découvrent la réalité. Des tronçons de routes mal entretenus, avec des trous et des coupures tous les quelques mètres. La route nationale numéro 1, l’entrée sud de la ville, la deuxième section communale appelée Haut-du-Cap, du carrefour Plaine du Nord jusqu’au centre-ville : c’est un vrai casse-tête. Poussière, nids-de-poule, insalubrité, fumée et barrages routiers se mélangent pour vous « accueillir » et vous plonger dans le découragement. La route nationale numéro 3, l’entrée est, au niveau de la troisième section communale de Petite-Anse : pas de grande différence, même scénario, même histoire. Au centre-ville, dans la première section communale Bande du Nord, les marchands envahissent les trottoirs avec leurs marchandises. Les canaux d’évacuation sont totalement obstrués. Des véhicules mal stationnés encombrent les rues. Des stations de motocyclistes anarchiques sont installées partout. Des tonnes de déchets s’accumulent dans des lieux habituels comme les rues 0 A, 2 A, 9 A, 9 L, 11 L, 14 A, entre autres. Le boulevard, qui s’étend pour certains de la rue 24 à la rue 90, est devenu un espace saturé de guérites, avec des trottoirs occupés, laissant peu de place aux piétons. Des véhicules y circulent à grande vitesse.

Le boulevard devient le seul espace d’attraction de la ville

Ce même boulevard, pourtant une route asphaltée conçue pour la circulation, est détourné de sa fonction. Durant les fêtes de fin d’année, chaque bar y a placé des séparateurs pour organiser des soirées en pleine rue. 80 % des soirées ont ainsi été organisées sur la chaussée. C’est une honte de voir des femmes élégantes, bien habillées et en talons hauts, passer toute la nuit sur cet asphalte. Des hommes ayant acheté leurs baskets et leurs vêtements à prix exorbitant font de même. Ils restent là, bouche bée, sans dire un mot. On dirait qu’ils acceptent ces conditions indignes.

Le concert du groupe KLASS sur le boulevard du Cap-Haïtien, le 28 décembre 2025

Cap-Haïtien entre la réalité et le virtuel

Chaque personne qui vient visiter cette ville, autrefois considérée comme la « Fierté christophienne » par la population capoise, repart déçue. Les critiques pleuvent à chaque nouvelle visite. Les visiteurs se plaignent des mauvais traitements et des services médiocres. Les prix des hôtels, des bars et des restaurants sont faramineux. 

« Une nuit d’hôtel seulement à coûté les musiciens de Kreyòl La 3 200 américains. La vie est très chère au Cap-Haïtien », a souligné T-Joe Zenny, band leader de cette formation musicale lors de son passage dans la cité Christophienne le 25 décembre 2026.

Quelqu’un vivant à l’étranger a posté sur les réseaux sociaux que les prix pratiqués dans les bars-restaurants du boulevard sont comparables à ceux de certains établissements aux États-Unis. Imaginez, dans un pays comme Haïti où l’inflation atteint des niveaux records, la population capoise souffre !

Cap-Haïtien possède-t-il de Night Club ?

Oui, certains rétorqueront qu’il existe deux night-clubs : le Feu Vert, situé à la rue 24, et le Tropicana Night-Club (TNC) à Champin. Mais ils ont été construits il y a plus de cinq décennies. Aucune innovation. Ils n’ont pas été conçus pour cette nouvelle génération, alors que la population a considérablement augmenté. Et, ces derniers temps c’est seulement l’Orcherstre Septentrional qui utilise Feu-Vert et l’Orchestre Tropicana d’Haïti qui utilise le TNC pour des soirées.

En résumé, nous pouvons affirmer que cette ville, qui aurait pu nous représenter dignement, ne bénéficie ni d’un secteur privé visionnaire ni d’une classe moyenne dynamique. Les acteurs économiques se contentent de maximiser leurs bénéfices et d’augmenter les prix à leur guise, en l’absence totale de régulation de la part d’un État défaillant.

Cap-Haïtien doit renaître de ses cendres !