Notre rédaction s’est rendue dans l’enceinte du parking de l’Autorité Portuaire Nationale (APN) au Cap-Haïtien. Nos photos, prises sur place, montrent des dizaines de véhicules immobilisés depuis des mois, certains déjà rongés par la rouille et le sel marin, abandonnés faute de moyens pour achever leur dédouanement. Cette image, à elle seule, résume le malaise que vivent des centaines de familles haïtiennes, en Haïti comme dans la diaspora.

Ces images ont été prises le 21 août dernier dans le parking de l’APN du Cap-Haïtien.

Plusieurs citoyens de la classe moyenne, résidant au Cap-Haïtien ou à l’étranger, ont confié à notre équipe qu’ils ne peuvent plus envisager l’achat d’un véhicule « sans inquiétude ». Les tarifs officiels de l’Administration Générale des Douanes (AGD) sont pourtant publiés et fixés. Mais selon ces témoignages, les frais réellement exigés au comptoir dépassent largement le barème, une constante qui aurait traversé plusieurs directions successives. Des acheteurs affirment avoir perdu, purement et simplement, des véhicules achetés à bas prix à l’étranger, faute d’avoir pu réunir les sommes réclamées pour le dédouanement.

Ce constat n’est pas isolé. En mai 2024, Le Nouvelliste rapportait qu’un nouveau directeur avait été installé à la douane du Cap-Haïtien à peine une semaine après des manifestations violentes d’importateurs dénonçant déjà le coût excessif des droits de douane dans ce port — devenu, avec la fermeture partielle de celui de Port-au-Prince, un point de passage stratégique pour l’économie du pays.

Début août 2026, l’AGD a installé Willy Siméon à la tête du bureau douanier du Cap-Haïtien, selon les informations recueillies par notre rédaction et confirmées par la presse locale. La cérémonie de passation aurait été présidée par un représentant du directeur général de l’AGD, Walter Gabellus, en présence de responsables administratifs, judiciaires et policiers de la région. Le bureau du Cap-Haïtien, considéré comme le deuxième pôle de recettes du pays après la capitale, joue un rôle central dans le financement de l’État.

Mais pour les témoins interrogés par MakoLove Média, l’arrivée d’un nouveau responsable n’a, pour l’instant, rien changé aux pratiques dénoncées. La question posée par nos sources reste entière : les tarifs excessifs relèvent-ils d’une politique institutionnelle, ou profitent-ils, de directeur en directeur, à un cercle restreint de « mieux placés » au sein même de l’appareil douanier ?

Tant que les témoignages recueillis sur le terrain ne trouveront pas de réponse officielle et vérifiable de l’AGD, la question restera ouverte. Notre équipe a sollicité des éclaircissements auprès de l’institution et se tient prêt à publier toute réponse circonstanciée. En attendant, le parking de l’APN continue de se remplir de véhicules à l’abandon symbole silencieux d’un système que beaucoup jugent verrouillé contre le citoyen ordinaire.