Au Cap-Haïtien, le long de la route nationale numéro 6, notamment dans la zone 2, la progression fulgurante des marchandes et marchands du marché Pont-Neuf illustre avant tout l’impuissance et l’incohérence des autorités municipales. Malgré la présence du sous-commissariat, des centaines de vendeurs occupent désormais trottoirs et abords de la mer, s’étendant sur plusieurs kilomètres jusqu’au boulevard de la rue 5. Produits cosmétiques, denrées alimentaires, gargotes improvisées : le secteur informel gagne du terrain, révélant la profondeur de la crise de l’emploi et l’absence totale de planification urbaine.

Les commerçants qui vendent des produits sur les trottoirs à moins d’un mètre de la route nationale. La prise de cette photo a eu lieu le 13 janvier 2026

Sous l’administration municipale conduite par la mairesse Angie Belle, accompagnée de Patrick Almonord et d’Isaac, les autorités ont tenté de libérer les espaces occupés en ordonnant un déplacement forcé des marchands vers un autre site. Une décision précipitée, prise sans concertation ni préparation, et surtout sans proposition concrète de relogement. Résultat : après plusieurs opérations musclées menées par les agents de sécurité de la mairie, le marché continue malgré tout de s’étendre, dans un désordre grandissant.

Les Maires du Cap- Haïtien Angie Belle, accompagnée de Patrick Almonord et d’Isaac

Dans les allées étroites, marchands et clients se bousculent. Les cris des vendeurs couvrent le tumulte ambiant, tandis que parapluies, casquettes, sacs de voyage et bâches de fortune envahissent l’espace public. Les trottoirs sont impraticables, obligeant les piétons à ralentir ou à marcher sur la chaussée, au mépris de leur sécurité.

« Yo mande nou pati, men yo pa janm di nou kote pou n ale. Dirijan Kap-Ayisyen yo pap regle anyen. Chak fwa se kouri dèyè nou, men pa gen okenn espas yo prevwa pou reloge nou », déplore Lèlène, l’une des représentantes des marchands.

Les commerçants qui vendent des produits sur les trottoirs à moins d’un mètre de la route nationale. La prise de cette photo a eu lieu le 13 janvier 2026

À l’intérieur même du marché, la situation n’est guère meilleure. Un vendeur de viande, installé depuis plus de vingt ans, affirme avoir été contraint de s’installer à l’extérieur. « Mwen te gen yon plas anndan mache a, men kliyan yo pa antre ankò poutèt salte ak difikilte pou jwenn aksè. Kit lapli tonbe, kit solèy klere, mwen oblije rete deyò. Se sèl fason pou m ka nouri kat pitit mwen yo », confie-t-il.

Contrairement au discours officiel, les marchands ne rejettent pas l’idée d’un marché formel. Beaucoup se disent prêts à quitter la rue si une alternative crédible leur est proposée. « Pa gen moun ki chwazi vann nan lari pou plezi. Si meri a te mete a dispozisyon nou yon espas byen òganize, nou t ap kite lari a tousuit », explique une vendeuse de produits cosmétiques.

En réalité, l’occupation anarchique de la voie publique découle moins d’un refus d’obéir que de l’incapacité manifeste des autorités du Cap-Haïtien à aménager des espaces commerciaux adaptés. À force de décisions improvisées et de répressions sans solutions durables, la mairie ne fait qu’aggraver une situation qu’elle prétend combattre, au détriment des marchands, des piétons et de l’image même de la ville.