Au moins 47 corps ont été retrouvés dans les rues de Kenscoff, tandis que des maisons ont été incendiées et des habitants enlevés, rapporte Adrien Alté, CASEC de la localité de Nouvelle-Touraine. Ce bilan, avancé par un élu local directement confronté au drame, s’ajoute aux estimations déjà lourdes des organisations de défense des droits humains, qui évoquaient dans la nuit une trentaine à une quarantaine de victimes. La tragédie de Kenscoff révèle une nouvelle fois les failles béantes de l’État haïtien.
Selon des témoignages recueillis sur place, l’attaque aurait été annoncée 24 heures à l’avance. Si cette information se confirme, elle transforme un drame sécuritaire en un scandale de gouvernance : les autorités n’ont pas empêché le carnage alors qu’elles disposaient, semble-t-il, du temps nécessaire pour agir. Une passivité qui soulève de graves questions sur la responsabilité du pouvoir de facto dirigé par Alix Didier Fils-Aimé, adoubé par Washington comme interlocuteur légitime de la transition.
Le chef du gouvernement de facto ne peut se contenter d’une condamnation de circonstance. Il préside le Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN), l’instance censée coordonner la réponse sécuritaire du pays. Depuis qu’il a pris la totalité du pouvoir exécutif en février 2026, avec le soutien affiché des États-Unis, il a construit son discours autour de la promesse de sécurité. Si une alerte de 24 heures a bien circulé sans provoquer de déploiement à la hauteur de la menace, la question n’est plus celle des moyens, mais celle de la volonté politique.
Le directeur général de la PNH, André Jonas Vladimir Paraison, porte une responsabilité tout aussi directe. Nommé en août 2025 pour reconquérir les zones sous emprise des gangs, il dirige une institution qui, à Kenscoff comme ailleurs, intervient après le massacre plutôt que de le prévenir.
Le silence de Washington, qui a fait d’Alix Didier Fils-Aimé son partenaire privilégié dans la transition, pose lui aussi question. Cautionner un pouvoir de facto sans exiger de comptes sur des alertes ignorées revient à couvrir, indirectement, la défaillance qu’il dénonce par ailleurs dans ses propres communiqués sur la violence des gangs en Haïti.
Kenscoff n’a pas seulement été frappée par des criminels : elle a été abandonnée par un État incapable de transformer une alerte de 24 heures en protection réelle. La population haïtienne n’a plus besoin de déclarations solennelles ni de bénédictions diplomatiques. Elle exige des comptes, une enquête sur la gestion de cette alerte, et une véritable stratégie de protection. À Kenscoff, chaque victime interpelle directement ceux qui avaient le devoir de la protéger et qui, selon les informations disponibles, savaient.







Ces images ont été recueillies par notre équipe sur les réseaux sociaux ce lundi 24 août 2026.
