Cap-Haïtien, 23 avril 2025  Une visite censée rassurer a surtout révélé le fossé béant entre les discours officiels et la réalité vécue par les élèves haïtiens. Les images parlent d’elles-mêmes. Assis derrière leurs pupitres en bois usé, les élèves de l’École Nationale Anténor Firmin du Cap-Haïtien affichent des mines renfrognées, des regards vides, un malaise visible que nulle communication institutionnelle ne saurait maquiller. Ce mercredi 23 avril, le Coordonnateur Général du Programme National de Cantines Scolaires (PNCS), M. Lucson Philémond, a fait le déplacement dans le département du Nord, accompagné de son directeur de cabinet, M. Wilson Joseph. L’objectif affiché : superviser la gestion des cantines, vérifier les conditions d’entreposage des denrées et veiller à l’application de la Politique Nationale d’Alimentation Scolaire (PNAS 2024-2030). Ce qu’il a offert en retour : une assiette de riz sans sauce.

Que l’on soit journaliste, parent ou simple citoyen, la question s’impose sans détour : à quoi sert une tournée de supervision si c’est pour constater, banaliser et avaliser le dénuement ? M. Philémond s’est rendu dans les salles de classe, casquette rouge PNCS vissée sur la tête, polo estampillé MENFP bien repassé symboles d’une institution qui soigne son image bien plus que les ventres qu’elle prétend nourrir. Sur les tables des élèves : des assiettes de riz sec, sans sauce, sans protéines, sans le minimum nutritionnel que toute politique scolaire digne de ce nom devrait garantir.

Pas besoin de discours : ces photos accusent. Des enfants résignés face à des plats indignes.

Nul besoin d’un long discours. Les photographies prises ce jour-là constituent un réquisitoire à elles seules. Les enfants regardent ces plats avec une expression qui mêle résignation et dégoût. Ce ne sont pas des visages d’élèves qui reçoivent un repas équilibré, source d’énergie pour apprendre. Ce sont des visages d’enfants qu’on habitue à se contenter de peu  de très peu tout en leur promettant, dans les textes officiels, une alimentation scolaire de qualité.

La PNAS 2024-2030 est censée encadrer et améliorer l’alimentation scolaire en Haïti. Sur le papier, elle fixe des standards nutritionnels, des mécanismes de contrôle, des engagements de l’État envers ses écoliers. Sur le terrain, le numéro un du PNCS supervise la distribution d’un riz sans sauce dans une école nationale, et rentre satisfait de sa tournée. Si tel est le résultat du programme phare du Ministère de l’Éducation Nationale en matière de cantines, on est en droit de s’interroger sur l’usage réel des fonds alloués à cette structure.

Appeler cela de l’alimentation scolaire relèverait de l’euphémisme. C’est une insulte à la dignité des enfants de ce pays, et une trahison des missions régaliennes de l’État haïtien. Que M. Philémond ait jugé opportun de se faire photographier dans ce contexte en posant presque fièrement aux côtés d’assiettes de riz sec révèle soit une insensibilité déconcertante, soit une déconnexion totale avec ce que vivent quotidiennement ces élèves.

L’éducation nationale haïtienne mérite mieux qu’une communication de façade. Les enfants du Nord méritent mieux qu’un riz sans sauce servi en guise de politique publique. Et les Haïtiens méritent des responsables capables de rougir, avant de se vanter.