Sur les réseaux sociaux, des vidéos tournées à Ouanaminthe circulent. On y voit de jeunes hommes, téléphone en main, filmer leurs gestes à l’égard de jeunes filles, en pleine rue, parfois à la sortie de l’école. Ces scènes, qui comportent des attouchements, sont présentées comme des « pranks », c’est-à-dire des blagues. Il n’y a pourtant rien de drôle.
Un contact physique imposé, sans le consentement de la personne qui le subit, n’est pas une plaisanterie. C’est une atteinte à sa dignité et à son intégrité. Présenter un tel geste comme un jeu n’en atténue pas la gravité. Cela l’aggrave, puisque la victime est exposée publiquement, filmée et livrée à la moquerie des internautes.
En tant que journaliste libre et média social, MakoLove condamne fermement ces agissements. Nous les condamnons aussi en tant que citoyens qui aspirent à une autre Haïti, où les jeunes filles peuvent marcher dans la rue et aller à l’école sans craindre pour leur sécurité. Sur le plan légal, l’article 278 du Code pénal, modifié par le décret du 6 juillet 2005, punit de dix ans de travaux forcés toute agression sexuelle, consommée ou tentée, commise avec violence, menaces, surprise ou pression psychologique contre une personne de l’un ou l’autre sexe.
Il appartient à la justice de dire si les faits dénoncés relèvent de cette qualification. Nous demandons donc aux autorités judiciaires de se saisir de cette affaire. Il revient au commissaire du gouvernement de mettre l’action publique en mouvement contre les auteurs identifiés, afin qu’ils répondent de leurs actes. L’impunité ne dissuade pas : elle encourage l’imitation.
Au-delà, c’est tout un rapport aux réseaux sociaux qu’il faut interroger. Trop de contenus banalisent la sexualité de manière déplacée et influencent dangereusement d’autres jeunes. Le pays a besoin d’autres formes de culture et de publications, capables de valoriser la créativité plutôt que l’humiliation. Des décisions formelles s’imposent pour freiner ces dérives avant qu’elles ne s’installent durablement dans notre société.
