Les tenanciers de bolette, présents aux quatre coins du pays, ont rendu publique une note revendicative contre les trois décrets pris par le gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Ils affirment ne pas être d’accord avec ces mesures et ne jamais l’être. Pour eux, l’enjeu dépasse la simple réglementation : il touche à la survie d’un secteur qui fait vivre des centaines de milliers d’Haïtiens.

Le premier point de friction est la taxation. Selon la note, sur chaque tranche de 100 gourdes gagnées par un parieur, 20 gourdes seraient prélevées à titre de taxe. Les signataires jugent ce taux intenable. Ils estiment qu’il ne tient pas compte des réalités économiques actuelles et qu’il rend impossible le fonctionnement d’une banque de bolette. Ils ajoutent qu’il pèse sur une population déjà éprouvée, qui joue de petites sommes pour payer l’école des enfants ou acheter à manger.

Deuxième point : le prétexte de la lutte contre le blanchiment d’argent. Les tenanciers ne rejettent pas le contrôle en soi. Ils se disent d’accord pour que l’État renforce la transparence dans le secteur. Mais ils refusent que cet argument serve d’alibi. Selon eux, l’objectif réel serait de retirer l’activité aux opérateurs de classe moyenne pour la confier à de grands acteurs économiques, ce qui favoriserait un petit groupe qu’ils qualifient de mafia.

Pour justifier leur position, les signataires invoquent l’histoire. Ils rappellent qu’avant 1989, la bolette était marquée par le désordre : tirages truqués, mises trop coûteuses, arrestations illégales, abus, pillages et vagabondage. Ces dérives auraient fini par déstabiliser le secteur. Depuis 37 ans, affirment-ils, une association fait fonctionner la loterie sans violence, sans abus et sans vol. Ils craignent un retour à cette période.
Le poids économique du secteur est l’autre pilier de leur argumentation. D’après leurs chiffres, plus de 200 000 personnes y travaillent et plus de 300 000 en vivent. Ils estiment mériter davantage de respect de la part de la société.

Ils demandent au Premier ministre et à l’ensemble des ministres de retirer ou, à défaut, de suspendre sans délai l’application des trois décrets, puis d’ouvrir une véritable concertation avec leurs représentants. Faute de réponse, ils annoncent qu’ils resteront mobilisés dans les quatre coins du pays.