Une foule nombreuse s’est massée ce jeudi devant les locaux de la mairie du Cap-Haïtien, à la rue 18, pour dénoncer ce qu’elle qualifie de promesse non tenue du Premier ministre de facto, Alix Didier Fils-Aimé. Sous une chaleur tendue par la colère, les manifestants ont scandé sans relâche : « Didier se blòfè », un slogan qui résume à lui seul le sentiment de trahison exprimé par une partie de la population capoise.
L’origine de cette mobilisation remonte au 29 juillet dernier, lorsque le chef du gouvernement, en visite officielle dans la métropole du Nord, avait pris l’engagement public d’achever les travaux de reconstruction du marché situé à la rue 3 avant le 15 août, date de la fête patronale du Cap-Haïtien. Cette échéance, hautement symbolique pour une ville qui célèbre chaque année sa sainte patronne dans la ferveur, devait marquer un geste concret de l’État envers les commerçants et commerçantes durement affectés par la dégradation de cette infrastructure marchande. Près d’un mois et demi plus tard, le chantier demeure inachevé, alimentant un sentiment d’abandon et de défiance à l’égard de la primature.
Pour les manifestants, cette promesse rompue s’inscrit dans une série d’engagements présentés comme non honorés par le gouvernement de facto, renforçant l’idée d’une communication politique déconnectée des réalités du terrain. Aucune déclaration officielle n’a pour l’instant été communiquée par la Primature pour justifier ce retard ni pour fixer un nouveau calendrier d’exécution des travaux.
Cette mobilisation intervient également dans un contexte municipal particulier. Le nouveau conseil municipal du Cap-Haïtien, dirigé par Michel Saint-Croix, se retrouve dans une position délicate face à cette grogne populaire qui vise, en premier lieu, le pouvoir central mais qui pourrait rejaillir sur la gestion locale si aucune réponse concrète n’est apportée à court terme. Par ailleurs, après plusieurs mois de sécheresse quasi ininterrompue, les récentes pluies tombées sur la ville ont ravivé les problèmes chroniques de salubrité urbaine, ramenant à la surface les monticules de détritus qui avaient déjà caractérisé la gestion des commissions municipales précédentes.
Cette convergence de crises, entre promesses gouvernementales non tenues et défis persistants de gouvernance locale, place les autorités, tant nationales que municipales, devant leurs responsabilités.
Le gouvernement de facto compte-t-il honorer, dans un délai raisonnable, son engagement envers les marchands et marchandes de la rue 3 ? Quelles mesures concrètes la Primature entend-elle prendre pour restaurer la confiance d’une population qui se sent méprisée ?
Le conseil municipal dirigé par Michel Saint-Croix parviendra-t-il à se démarquer des commissions antérieures sur la question de la salubrité publique, ou l’histoire est-elle appelée à se répéter ?
Enfin, combien de promesses non tenues faudra-t-il encore avant qu’un véritable dialogue ne s’instaure entre les gouvernants et les gouvernés du Cap-Haïtien ?
