Le Conseil électoral provisoire (CEP) vient de connaître son troisième changement de présidence en moins de deux ans. Peterson Pierre-Louis, représentant des Cultes réformés et jusque-là secrétaire général de l’institution, succède à Jacques Desrosiers, représentant des associations de journalistes, à l’issue de deux journées de réunions entre conseillers électoraux, notamment à l’hôtel Montana.
Ce basculement s’accompagne d’un remaniement complet du bureau : Jacceus Joseph devient vice-président, Nemrod Sanon secrétaire général et Schnaïda Adely trésorière. Desrosiers avait lui-même accédé à la présidence en octobre 2025, en remplacement de Patrick Saint-Hilaire, qui avait démissionné de façon inattendue. Peterson Sanon occupait alors le poste de secrétaire général du CEP avant sa nomination actuelle.

Cette rotation accélérée intervient dans un contexte particulièrement sensible : le pays doit organiser, le 13 décembre prochain, des élections générales déjà maintes fois reportées depuis 2019. Or, à peine cinq jours plus tôt, le CEP recevait encore une délégation du Groupe des Éminentes Personnalités de la CARICOM pour évoquer l’inscription des électeurs, la mise en œuvre du calendrier électoral et les prochaines étapes du processus, sous la présidence de Desrosiers.

L’arrivée de Peterson Pierre-Louis ne fait toutefois pas l’unanimité. Son entrée même au CEP avait provoqué une fracture au sein du secteur des Cultes réformés qu’il était appelé à représenter, la Conférence des pasteurs haïtiens ayant dénoncé, dès 2024, une procédure de désignation jugée peu inclusive.

Cette succession rapprochée des présidences relance également le débat sur la gouvernance de l’institution. Des voix accusent la Primature de manœuvrer le CEP au gré de ses intérêts politiques, transformant ainsi un organe censé garantir la neutralité du processus électoral en une structure instable, à quelques mois d’un scrutin déterminant pour la sortie de la transition, dont le mandat devait initialement s’achever le 7 février 2026.

À ce jour, aucune source officielle indépendante consultée ne permet de confirmer les motivations exactes ayant conduit au départ de Jacques Desrosiers de la présidence les informations disponibles reposent sur des comptes rendus de réunions internes et des analyses éditoriales. Je ne peux donc pas confirmer les raisons précises de ce changement au-delà de ce que rapportent ces sources.

Reste une question, à quatorze semaines du vote : une institution qui change de tête trois fois en deux ans peut-elle encore garantir la stabilité et la crédibilité d’un scrutin aussi attendu que celui du 13 décembre ?

Love-Marckendy Paul , Journaliste , Juriste