Le Secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis, Markwayne Mullin, a annoncé ce jeudi 3 septembre 2026 sur sa page Facebook officielle qu’un nouveau vol de déportation avait Haïti pour destination. Le message, publié avec une photographie montrant un groupe d’hommes vêtus de survêtements blancs, alignés sur le tarmac d’un aéroport face à un avion, indique sobrement : « Destination de la déportation d’aujourd’hui : HAÏTI ». Sur l’image, les déportés apparaissent entravés par des chaînes aux chevilles, certains portant également des menottes aux poignets.

Cette annonce s’inscrit dans une accélération notable des renvois vers Haïti depuis le milieu de l’année 2026. Après la fin du Statut de protection temporaire (TPS) pour environ 350 000 ressortissants haïtiens, décidée par l’administration Trump à la suite d’une bataille judiciaire remportée devant la Cour suprême, les autorités américaines ont multiplié les vols charters affrétés par ICE Air au départ d’Alexandria, en Louisiane, avec une escale fréquente à Miami avant l’atterrissage au Cap-Haïtien.

Le tout premier vol post-TPS, survenu le 20 août 2026, avait ramené plus de 160 personnes. Une semaine plus tard, le 27 août, un second vol transportait des familles entières, dont plusieurs enfants nés sur le sol américain, le plus jeune n’ayant qu’un an. Selon le bureau des Nations unies pour les affaires humanitaires, près de 200 000 personnes ont été renvoyées de force en Haïti au cours des huit premiers mois de 2026, une hausse de 10 % par rapport à la même période l’an dernier — une accélération que le New York Times attribue à une volonté de l’administration de passer d’un vol mensuel à un vol hebdomadaire, voire davantage.

Ces atterrissages se font systématiquement au Cap-Haïtien plutôt qu’à Port-au-Prince, l’aéroport de la capitale restant fermé au trafic aérien américain en raison des tirs répétés de groupes armés qui contrôlent une large part de la ville.

Fin août, une vidéo diffusée par le Département de la Sécurité intérieure montrant des hommes enchaînés embarquant à bord d’un vol vers Haïti avait déjà provoqué de vives critiques, des défenseurs des droits humains accusant Washington d’instrumentaliser la peur au sein des communautés haïtiennes. La publication de ce jeudi, assumée publiquement par le chef même de l’institution, s’inscrit dans la continuité de cette communication assumée autour des opérations d’expulsion.

À l’heure de la publication, aucun média américain de référence (Associated Press, Miami Herald, CNN) n’avait encore produit de reportage indépendant confirmant les détails précis de ce vol du 3 septembre nombre exact de personnes à bord, heure d’atterrissage, ou identité des déportés. Les informations rapportées ici concernant ce vol spécifique reposent donc sur la publication officielle du Secrétaire Mullin lui-même, dont l’authenticité de la fonction a été vérifiée, mais dont le contenu n’a pas encore été corroboré par une source journalistique tierce indépendante.

Au-delà du sort individuel de chaque déporté, c’est la capacité même du Cap-Haïtien à absorber ces arrivées répétées qui interroge. Devenue malgré elle le principal point d’entrée des expulsions faute d’accès à Port-au-Prince, la ville a vu sa population passer d’environ 350 000 habitants au dernier recensement de 2003 à plus de 800 000 aujourd’hui, selon l’ancienne mairesse Angie Bell. Des habitants rapportent une circulation congestionnée, des sites de collecte d’ordures débordés, et des structures hospitalières déjà submergées par des patients faisant la queue en plein air. Pour beaucoup de résidents, la question n’est plus tant celle de l’accueil des compatriotes de retour un devoir national que personne ne conteste que celle des moyens concrets, ou de leur absence, mis à disposition d’une ville qui reçoit sans y être préparée. C’est là, précisément, que la responsabilité de gouvernance locale et nationale devrait s’exercer : au-delà de l’émotion suscitée par les images de chaînes et d’entraves, une déportation massive et récurrente vers une seule ville pose une question structurelle que les autorités haïtiennes ne peuvent continuer d’éluder.