À l’approche du premier tour des élections générales, fixé au 13 décembre 2026 par le Conseil électoral provisoire (CEP), une question revient dans plusieurs cercles de la diaspora : un binational peut-il légalement déposer sa candidature en Haïti ?
La réponse, telle qu’elle ressort de la Constitution de 1987, amendée en 2011, est sans ambiguïté. L’article 15 dispose que « la double nationalité haïtienne et étrangère n’est admise dans aucun cas ». L’article 13 précise par ailleurs que la nationalité haïtienne se perd par la naturalisation acquise en pays étranger.
Concrètement, pour la présidence, l’article 135 exige d’être « Haïtien d’origine, n’avoir jamais renoncé à sa nationalité et ne détenir aucune autre nationalité au moment de l’inscription ». Une exigence quasi identique encadre l’accès à la Chambre des députés, selon l’article 91.
Le décret électoral du 2 juin 2026, qui régit le scrutin à venir en l’absence de Parlement fonctionnel, reprend ce socle constitutionnel tout en y ajoutant des conditions administratives et financières supplémentaires pour les candidats à la présidence.
Ce verrou juridique n’est pas nouveau. Dès 1998, la nomination d’Hervé Denis comme premier ministre avait suscité la controverse après la découverte d’un passeport belge. En 2005-2006, c’est la candidature présidentielle de Dumarsais Siméus, naturalisé américain, qui avait été rejetée sur ce même fondement.
Reste que la frontière entre binationalité de fait et binationalité déclarée demeure floue pour de nombreux Haïtiens de la diaspora, souvent détenteurs d’un passeport étranger sans démarche formelle de naturalisation.
Combien de candidats potentiels renoncent-ils, faute de clarté, à se présenter ? Le CEP dispose-t-il réellement des moyens de vérifier, dossier par dossier, la nationalité effective de chaque postulant ? Et la diaspora, moteur économique du pays par ses transferts, devra-t-elle un jour obtenir un assouplissement constitutionnel pour participer pleinement à la vie politique nationale ?
