La nouvelle commission municipale du Cap-Haïtien, dirigée par Angie Bell, Patrick Almonor et Isaac Pierre-Louis, fait face à des critiques de plus en plus virulentes. Depuis leur entrée en fonction, l’insouciance apparente de ces administrateurs face aux multiples difficultés qui accablent la deuxième ville d’Haïti suscite l’indignation des habitants et des observateurs.

Le Cap-Haïtien, joyau du patrimoine haïtien et porte d’entrée vers des sites historiques majeurs comme la Citadelle Laferrière, traverse une période sombre. Cette ville qui devrait rayonner par son potentiel touristique est devenue, selon de nombreux résidents, une « ville touristique piégée ». Comment peut-on attirer des visiteurs lorsque l’électricité fait défaut de manière chronique et que les rues sont jonchées d’immondices ?

La question énergétique demeure un casse-tête insurmontable. Les délestages prolongés paralysent l’activité économique, plongent les quartiers dans l’obscurité et rendent la vie quotidienne insupportable pour des milliers de familles. Pendant ce temps, la commission municipale semble naviguer sans cap, incapable de proposer des solutions concrètes ou même un plan d’action cohérent.

L’absence de propreté constitue un autre fléau majeur. Les déchets s’accumulent dans les artères de la ville, créant des foyers d’infection et dégradant l’image de cette cité historique. Les services de collecte des ordures fonctionnent au ralenti, quand ils fonctionnent. Cette situation sanitaire alarmante met en péril la santé publique et décourage tout développement touristique ou commercial.

Les citoyens se demandent légitimement : où sont passées les priorités de leurs élus ? Pourquoi cette inaction face à des problèmes qui relèvent pourtant des compétences municipales de base ?

Plus préoccupant encore, les magistrats municipaux semblent avoir perdu toute autorité sur les questions sécuritaires. Dans une ville où l’ordre public devrait être une préoccupation centrale, cette défaillance crée un vide inquiétant. Les citoyens se sentent abandonnés, livrés à eux-mêmes face aux menaces qui pèsent sur leur sécurité quotidienne.

L’incident du 27 décembre 2025 illustre de manière dramatique la dérive autoritaire qui s’installe au sein de cette administration municipale. Le Réseau des Journalistes Numériques Professionnels d’Haïti (RJNPH) a dénoncé avec véhémence l’agression physique perpétrée contre les journalistes Herly Millien et Frensly Estimable par des agents de la mairie, accompagnés d’un policier affecté à l’un des maires, en présence même des maires assesseurs Patrick Almonor et Isaac Pierre-Louis.

Cette attaque est survenue après la participation des journalistes à une émission intitulée « Bilan 2025 » sur Radio Souvenir, située rue 5, Boulevard. Le fait que ces violences se soient déroulées en présence de deux membres de la commission municipale soulève des questions graves sur leur implication, leur tolérance, voire leur complicité dans ces actes inadmissibles.

Le RJNPH rappelle avec force que ce n’est pas la première fois que de telles agressions se produisent. Cette répétition transforme des incidents isolés en un schéma d’intimidation systématique visant à museler la presse locale. Dans une démocratie, le journaliste doit pouvoir exercer son métier librement, sans crainte de représailles physiques. Toute entrave à la liberté de la presse constitue une attaque contre les fondements mêmes de la démocratie.

Le RJNPH exhorte la justice et les hautes autorités du pays à intervenir fermement et à prendre des mesures appropriées face à ces agissements criminels. Les responsables doivent répondre de leurs actes devant la loi.

Après plusieurs mois à la tête de la municipalité, le bilan de cette commission s’avère désastreux. Entre l’absence d’électricité, la dégradation de l’hygiène publique, l’effritement de la sécurité et maintenant l’agression de journalistes, les signaux d’alarme se multiplient.

La population du Cap-Haïtien mérite mieux que cette gestion défaillante. La cité christophienne, riche de son histoire et de son patrimoine, ne peut continuer à sombrer dans le chaos par la faute d’administrateurs manifestement dépassés par leurs responsabilités.

Il est urgent que ces élus prennent conscience de la gravité de la situation et agissent en conséquence. À défaut, les instances supérieures devront envisager des mesures pour protéger les intérêts d’une ville qui ne peut se permettre de gaspiller davantage son potentiel.

Le Cap-Haïtien attend des actes, pas des discours. Les habitants exigent des résultats concrets sur l’électricité, la propreté, la sécurité et surtout le respect des libertés fondamentales, dont celle de la presse. Sans ces éléments essentiels, aucun développement durable ne sera possible pour cette perle du Nord d’Haïti.