La crise de l’insalubrité qui frappe la ville du Cap-Haïtien est devenue un indicateur clair de l’échec d’Angie Bell et de la nouvelle équipe municipale au terme de leurs 100 premiers jours à la tête de la mairie. Malgré les discours séduisants, les grandes promesses et le lancement de l’opération dite « Konbit », la situation de la ville se dégrade de semaine en semaine. La deuxième ville du pays, pourtant reconnue pour son histoire et son potentiel touristique, s’enfonce chaque jour davantage dans le désordre, la boue, la poussière, l’accumulation de déchets et les mauvaises odeurs qui envahissent presque tous les quartiers.

Angeline Bell avec les deux membres du commission. La photo a été capturée le 5 septembre dernier lors de l’inauguration de la nouvelle commission municipale du Cap-Haïtien.

Dès leur prise de fonction, Angie Bell et les membres de la commission municipale avaient promis de « mettre de l’ordre dans le désordre ». Cependant, ces engagements sont restés sans suite concrète. À Barrière Bouteille, au niveau des ponts, à Cité Lescot, au carrefour Saint-Philomène et dans de nombreuses autres zones, paysans, commerçants et riverains constatent une ville qui s’enlise dans une crise sanitaire dépassant largement les capacités de la mairie.

« Partout où l’on passe, ce sont des tas d’ordures, de la boue et une odeur insupportable. On nous avait promis 100 jours pour transformer la ville, mais le Cap est encore plus sale qu’avant », déplore un citoyen âgé de 35 ans.

Commerçants, chauffeurs et habitants du centre-ville comme des autres sections communales se sentent totalement abandonnés.

« Il n’existe aucun endroit dans la ville sans dépôts d’ordures. Cette équipe municipale se limite à de beaux discours pour tromper la population, alors que le travail concret n’est jamais réalisé », témoigne une marchande du carrefour de l’Aviation.

Malgré les opérations « Samedi citoyen », le passage occasionnel de quelques camions et les appels répétés d’Angie Bell à la formation d’un « Konbit », la population constate un échec évident de ces initiatives. Aucun plan clair, aucun mécanisme de contrôle, aucune stratégie durable n’ont été mis en place. La situation demeure inchangée et continue de se détériorer.

Cette photo a été prise le samedi 25 octobre dernier, à l’occasion de cette manœuvre de nettoyage « Samdi Sitwayen» .

« Ramasser des ordures ne signifie pas rendre la ville propre. Chaque semaine, on annonce une opération, et chaque semaine les déchets reviennent en plus grande quantité. Cela prouve l’absence totale de vision », affirme un autre habitant.

À Cité Lescot, Edouard exprime son amertume : « On nous disait qu’après le départ d’Yvrose Pierre, la nouvelle équipe apporterait des solutions. C’est faux. Le Cap manque d’électricité depuis des années, les routes sont délabrées, la poussière nous étouffe. On sort propre de chez soi et on rentre sale. »

Richard, un jeune venu de Port-au-Prince après des bandits avaient incendié sa maison, confie sa déception : « Sur les réseaux sociaux, je pensais que le Cap était différent. En arrivant, j’ai été choqué. Une ville avec autant de potentiel ne devrait pas ressembler à une décharge à ciel ouvert. »

Malgré la pression populaire, l’équipe d’Angie Bell se contente de répéter les mêmes discours, sans résultats visibles. La gouvernance municipale se caractérise par la confusion, le manque de direction et des actions sans impact réel. Les citoyens dénoncent un appel au “Konbit” vidé de son sens, faute de travail sérieux et structuré sur le terrain.

En définitive, les cent premiers jours d’Angie Bell et de sa commission municipale constituent l’un des exemples les plus marquants d’échec administratif que le Cap-Haïtien ait connus ces dernières années. Aucun indicateur positif, aucune réforme structurelle, aucune action tangible ne laissent entrevoir une réelle dynamique de redressement. La crise des déchets, symptôme le plus visible d’une mauvaise gestion municipale, est devenue la preuve publique de l’incapacité de l’équipe à assumer pleinement ses responsabilités et à engager des réformes efficaces.

Un dépôt de déchets à proximité du Collège Jean XXIII. Le 30 novembre dernier à 7h00, dans la soirée, l’équipe de MakoLove a pris cette photo.

La population observe une profonde contradiction entre les paroles et les actes. L’appel au « Konbit » n’a été accompagné d’aucune structure favorisant la participation citoyenne : ni matériel, ni plan, ni orientation claire, ni rapport sur les résultats. Les opérations « Samedi citoyen » restent ponctuelles et sans effet durable, révélant un déficit de vision, une absence de planification et une négligence qui vont bien au-delà des difficultés habituelles du début d’un mandat.

Après le départ d’Yvrose Pierre, les habitants espéraient un nouveau souffle. Aujourd’hui, ils se sentent une fois de plus trahis. La mairie apparaît comme un espace de promesses vides et de communication politique, plutôt qu’un lieu de solutions concrètes. Le Cap-Haïtien ne fait pas seulement face à l’insalubrité : la ville est paralysée par la poussière, des routes en ruine, le manque d’électricité, le désordre dans les marchés publics et une dégradation environnementale qui menace directement la santé publique et l’économie locale.

Si ces cent premiers jours reflètent le mode de gouvernance d’Angie Bell et de son équipe, la population a de sérieuses raisons de s’inquiéter pour les mois à venir. Aucun signe de changement, aucune stratégie claire, aucun plan d’urgence ni communication crédible sur des solutions à court ou moyen terme ne sont perceptibles.

Dans une ville historique au fort potentiel touristique, économique et culturel comme le Cap-Haïtien, cet échec dépasse le cadre administratif : il représente une menace réelle pour l’avenir de la cité. Sans un changement profond de méthode, une gestion professionnelle et la prise en compte des besoins prioritaires de la population, la ville continuera de s’enfoncer dans le désordre, la tension sociale et une dégradation sans limite.

La population mérite mieux. Le Cap-Haïtien mérite une mairie qui agit, et non une administration qui se limite aux paroles.

De ce fait la ville du Cap-Haïtien reste une destination touristique piégée !