Cap-Haïtien, deuxième ville d’Haïti, riche d’un passé historique et d’un potentiel touristique considérable, présente aujourd’hui un visage défiguré par l’insalubrité. À l’approche de ses 355 ans, la ville fait face à une crise environnementale majeure : rues et quartiers sont envahis par des détritus, les canaux de drainage débordent, et l’air est pollué par la fumée des déchets brûlés à ciel ouvert.
Pour aborder la question de la gestion des déchets en temps de crise, le journal MakoLove est allé sur le terrain, sillonnant plusieurs zones, en particulier les routes nationales et le centre-ville, afin de dresser un état des lieux à la hauteur des observations.
Au quotidien, à l’entrée est de la ville, à partir du quartier de Cité Madeline sur la route nationale n°6, on est accueilli par un panneau « Bienvenue à Cap-Haïtien ». Un carrefour riche en activités : plusieurs marchands y installent leurs étals, cherchant à gagner leur vie malgré des conditions difficiles. À chaque coin de rue, des chauffeurs de taxi-moto attendent des clients. Au bord de la route, un projet de construction d’un sous-commissariat de police cohabite avec un véritable dépôt d’ordures.
En continuant vers le carrefour de Petite-Anse, la situation s’aggrave. Juste à l’entrée du quartier, à côté d’une station-service, des tonnes de déchets brûlent quotidiennement. La fumée âcre asphyxie les passants, particulièrement les piétons, et réduit la visibilité. La route, non bétonnée, soulève d’importantes quantités de poussière au passage des véhicules.

Carrefour de Petite-Anse
« Depuis plusieurs mois, la zone est complètement envahie par des tas de déchets. Il est pratiquement impossible de passer. L’espace est devenu un véritable dépotoir, avec un risque réel à côté d’une station-service », confie une habitante.
Sans blocus, dans la zone du carrefour Airport, appelée Aviation, devant le mur de l’aéroport international Hugo Chávez du Cap-Haïtien, des ordures sont également brûlées à même le sol. Le long de la route, des hommes s’improvisent laveurs de véhicules (car wash), tandis que les piétons avancent tant bien que mal sur les décombres. Le projet de bétonnage de la route, jadis amorcé, s’est brusquement arrêté à Conassa. Un autre chantier de sous-commissariat en construction partage l’espace avec un dépôt de matériaux.
Au sous-commissariat du Pont-Neuf, l’image est tout aussi alarmante : le bâtiment est encerclé par des marchands, et sa peinture, déjà délavée, rend difficile la lecture des inscriptions sur le mur. En longeant cette voie menant au boulevard, on assiste à une scène où la mairie chasse les marchands du marché… sans aucune préparation.
À Samarie, carrefour stratégique à quatre branches, il est 9 h 23 lorsque nous franchissons la rue de la Lettre « A ». Petit blocus, puis passage vers la rue 5 du boulevard : déjà, le bruit des haut-parleurs des bars et restaurants envahit l’environnement. Si l’expression populaire « Okap pa Ayiti » devait s’appliquer, c’est ici que je l’ai ressentie, avec un brin de satisfaction.
Ma curiosité m’a poussé jusqu’au centre-ville, où siègent plusieurs bureaux de l’État. L’absence de bennes à ordures y est flagrante : odeurs nauséabondes, eau stagnante brunâtre… Plusieurs observateurs nous ont fait part de leur inquiétude face aux montagnes de déchets qui s’accumulent dans les rues du Cap-Haïtien. Alors que la ville se prépare à accueillir de nombreux visiteurs de différents départements pour les festivités, le maire adjoint reconnaît que la situation pourrait empirer si rien n’est fait.
Dans plusieurs rues, comme celle de la Lettre « L », les déchets s’entassent près des marchés, des écoles et même des hôpitaux, perturbant la circulation et provoquant des embouteillages.
« Cap-Haïtien est entourée de déchets. C’est très désagréable. L’odeur est insupportable, et parfois on est obligé de marcher dedans. Mais on n’a pas le choix », déplore un conducteur de brouette.
Il souligne également le manque d’accès à une déchetterie et l’absence de poubelles dans les rues, obligeant les habitants à jeter leurs ordures dans les caniveaux, sur les trottoirs ou à même le sol.
Quand il pleut, Cap-Haïtien se transforme en terrain de marelle : l’eau stagne entre les déchets, formant d’énormes flaques noires qui attirent les mouches et, surtout, les moustiques. Un terrain propice aux maladies infectieuses comme la fièvre jaune, le paludisme ou le choléra. Plusieurs habitants affirment déjà être tombés malades à cause de l’insalubrité de leur quartier.
À la veille de la fête du 15 août marquant les 355 ans de la ville, la mairie tente de redonner un semblant de visage à la cité christophienne. Pourtant, malgré la disponibilité de certains moyens et matériels, le corps municipal reste largement absent sur le terrain.
